La jeunesse et les industries locales
Reed Smoot
Cela me fait grand plaisir, mes chers frères et sœurs, d'avoir le privilège de parler quelques minutes à cette vaste assemblée de Saints des derniers jours. Je suis en effet fier d'entendre les rapports qui ont été donnés et les témoignages qui ont été rendus ce matin par trois présidents de mission, et de participer à l'Esprit de cette conférence. Je sais qu'ils s'intéressent à vos fils et à la grande œuvre missionnaire de l'Église. Je tiens à dire : Dieu soit loué pour eux et pour leurs travaux. ¶
Nos ennemis apprécieraient beaucoup l'affirmation, si elle était vraie, que beaucoup de nos jeunes gens ont honte de l'Évangile de Jésus-Christ. Mais dans mes déplacements parmi notre peuple, et en côtoyant les jeunes dans nos réunions, je peux vous témoigner qu'au lieu d'avoir honte de cette grande œuvre, ils sont fiers d'être membres de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Ils sont fiers de leurs pères et de leurs mères. Je n'ai pas honte de l'Évangile du Seigneur Jésus-Christ, car je sais qu'il est la puissance de Dieu pour le salut ; et j'espère ne jamais vivre assez longtemps pour avoir honte de l'Évangile, ni du dévouement que mon père et ma mère ont donné à cette grande œuvre. J'espère seulement avoir cette même fidélité, ce même amour et cette même confiance dans l'œuvre de Dieu qu'ils avaient eux-mêmes ; qu'en tout temps j'aurai suffisamment de l'Esprit de Dieu pour être capable, si cela devenait nécessaire, de tout donner sur terre pour son avancement, comme je sais que le père et la mère qui m'ont donné la vie l'auraient fait à tout moment après avoir été baptisés dans cette Église. ¶
Il y a bien des sujets dont les apôtres de l'Église traitent lors des différentes conférences trimestrielles, concernant le bien-être du peuple, et à juste titre. En visitant les différentes régions de notre État, et en voyant la prospérité de toutes parts, je remercie notre Père céleste que le peuple soit si bien pourvu de foyers confortables, d'un entourage heureux et d'enfants aimants ; et bien que je sache qu'il y a très peu de souffrance parmi les saints de Dieu, pourtant, en parcourant l'État d'un bout à l'autre et en côtoyant le peuple, je peux voir clairement, dans différentes localités, qu'il existe de nombreux avantages naturels dont notre peuple ne tire pas le meilleur parti. À la demande instante de la présidence du pieu de St. George de Sion, j'ai fait récemment un voyage dans ce pieu afin de voir si les conditions étaient favorables au rétablissement d'une industrie permettant de fabriquer à Washington, dans l'Utah, une partie des lainages utilisés par les gens du sud. Cet État avait pour emblème la ruche, qui signifie industrie, frugalité, rassemblement en vue des besoins futurs. Puissions-nous tous incorporer ce sens dans notre vie. Dans les années passées, ce grand apôtre de la fabrication locale, le président Brigham Young, enseignait très fortement, d'un bout à l'autre du pays, le devoir et le principe de fabriquer ce que nous portons et de cultiver ce que nous mangeons. Vous pouvez aller dans beaucoup de nos communautés et vous y trouverez le résultat de ses enseignements dans différentes sortes de fabriques et de moulins ; mais je regrette de dire que presque toutes les filatures de laine de l'État sont aujourd'hui fermées, leurs machines non seulement inactives, mais tombant en ruine. Et l'on peut de nouveau parcourir les différents comtés de l'Utah et voir des centaines de wagons de fruits pourrir et se perdre. ¶
Il me semble que, faute de soins appropriés et de moyens pour les conserver, nous négligeons l'un des grands principes cardinaux de la prospérité qui nous a été enseigné par le président Young et tous ses successeurs, celui de la loyauté envers les biens fabriqués localement. Le problème, c'est que nous avons oublié le grand principe de coopération par lequel le moulin et la fabrique furent établis dans notre première histoire. Et pourquoi cela ? Je crois plutôt que l'une des causes en est la perte de confiance dans la capacité de chacun à gagner de l'argent dans les entreprises de fabrication. Une raison est peut-être qu'il y a eu quelques échecs et des pertes de fonds dans certaines de ces entreprises. Mais je crois que si le peuple était aujourd'hui aussi loyal envers le grand principe de la fabrication locale qu'il l'était lorsque ces institutions furent fondées, non seulement celles que nous avons parmi nous fonctionneraient, mais bien d'autres seraient créées. Si les hommes associés aux institutions établies autrefois dans différentes parties de l'Utah voulaient bien se réunir, et si les hommes de moyens se joignaient à eux et fournissaient assez d'argent pour relancer ces industries, en travaillant tous selon le principe du soutien aux institutions locales, je suis convaincu que nous progresserions dans nos intérêts matériels bien plus rapidement que par le passé. ¶
Je constate également, en parcourant le pays, qu'il y a un manque d'intérêt parmi le peuple à fournir du travail à leurs enfants, et beaucoup d'entre eux sont oisifs. J'ai remarqué aussi que beaucoup de nos jeunes gens deviennent des oisifs professionnels. S'il est une chose qui apportera des ennuis aux enfants des Saints des derniers jours plus que toute autre, c'est de les élever dans l'oisiveté ; car un esprit oisif est l'atelier du diable. Je vous le dis, mes frères et sœurs, nous devrions procurer quelque moyen d'emploi à nos jeunes gens et leur apprendre, dès leur jeunesse, à être industrieux et à éviter le crime de l'oisiveté. Le moment approprié pour corriger ce mal est maintenant. Sur le grand cadran du temps du monde n'est écrit qu'un seul mot, et c'est MAINTENANT. J'espère et je crois que, là où nous voyons les grandes bénédictions que notre Père céleste répand sur le peuple se perdre d'un côté et de l'autre, nous serons assez intéressés pour nous réunir, et que les hommes que Dieu a bénis de moyens utiliseront ces moyens pour lancer quelque industrie qui emploiera nos jeunes gens. Je sais que si nous faisons cela et que le peuple soit loyal dans son soutien, de nombreuses industries pourront être établies et menées à bien. C'est presque une honte de penser au nombre de fabriques qui ont été lancées dans l'Utah sous forme de filatures de laine, et dont une seule fonctionne — une filature à Provo, tournant nuit et jour, et dont quatre-vingt-dix pour cent de tous les produits partent vers les marchés de l'Est ! Ce n'était pas ainsi autrefois, et cela ne devrait pas l'être maintenant. Beaucoup de nos gens sont agités, et certains des hommes plus jeunes, ainsi que quelques-uns des plus âgés, s'en vont chercher de nouveaux foyers, invoquant le manque d'occasions de gagner leur vie. Je vous le dis, il y a tout autant de bons avantages, et tout aussi nombreux, dans les limites mêmes de notre propre État, s'ils sont seulement mis à profit, que vous en trouverez presque n'importe où dans ce pays. Ne vous découragez pas, et ne quittez pas vos foyers, mais tirez parti des avantages qui vous entourent. J'ai vu récemment bien des gens qui ont vendu leur foyer pour aller s'installer ailleurs, et qui ont dépensé la plus grande partie de leur argent à essayer de s'établir, et qui reviennent maintenant là d'où ils étaient partis, moins bien lotis qu'à leur départ, sans foyer, et la plus grande partie de leurs moyens disparus. ¶
J'ai en tête maintenant bien des industries qui pourraient être lancées dans différentes parties de l'État, et qui devraient l'être par des hommes soucieux de l'intérêt du peuple. Je demande aux dirigeants de nos communautés de s'intéresser particulièrement à cette question, et de voir s'ils ne peuvent trouver quelque chose à faire pour tous nos garçons et pour les hommes désœuvrés, s'il y en a. J'ai suggéré l'autre jour au Club commercial de Provo qu'il serait très bon pour eux de nommer un comité chargé de visiter toutes les localités de l'Utah, et même au-delà des frontières de notre État, pour voir ce qui se faisait ailleurs en matière d'industries manufacturières, puis, à leur retour, d'étudier les ressources naturelles de notre ville et de voir si elles ne pourraient pas être transformées en quelque chose dont nous avons besoin et pour lequel nous envoyons actuellement notre argent hors de l'État. Je crois que ce serait une bonne chose, chaque fois que des hommes se déplacent d'un endroit à un autre, de ¶
s'informer des établissements manufacturiers qui réussissent, et peut-être trouveront-ils quelque chose qui serait avantageux pour le peuple là où il se trouve. Si l'on s'occupe de ces choses, je crois qu'une plus grande prospérité sera apportée au peuple qu'il n'en a connue par le passé. ¶
Mes frères et sœurs, je demande à Dieu de nous bénir en tant que peuple, et de bénir tout ce que nous entreprenons dans la justice, afin que nous réussissions. Que ses bénédictions nous accompagnent toujours, telle est ma prière au nom de Jésus. Amen. ¶