Souvenirs de la vie en prison et consécration de la tombe
Rudger Clawson
Mes frères et sœurs et amis, nous nous sommes réunis en cette occasion pour rendre un dernier hommage de respect à un grand chef en Israël. La mort du président Snow est connue aujourd'hui dans tous les pieux de Sion, et les saints s'inclinent avec une humble soumission devant la volonté divine. Nous sommes assemblés pour pleurer son départ, et pour pleurer sur sa dépouille sacrée. Laissez-moi vous dire que c'est nous qui pleurons ; lui ne pleure pas. Je crois qu'il est un homme très heureux. Sa vie est un livre ouvert. Ses œuvres sont bien connues du peuple. Il est descendu au tombeau chargé d'années, et il est mort au champ d'honneur ; et je répète que je crois que le président Lorenzo Snow est un homme très heureux. Oh, combien il doit être heureux dans cette grande et dernière victoire de sa vie ! ¶
Il y a peu de temps, en regardant une ancienne photographie d'un groupe de frères dirigeants, j'ai été frappé par les grands changements qui s'opèrent au milieu de nous, et, à moins de nous arrêter un instant pour y réfléchir, nous ne le réaliserons guère. Parmi les visages figurant sur cette photographie se trouvaient les suivants : Brigham Young, Heber C. Kimball, George A. Smith, Orson Hyde, Orson Pratt, John Taylor, Wilford Woodruff, Ezra T. Benson, Charles C. Rich, Lorenzo Snow, Erastus Snow, Franklin D. Richards, George Q. Cannon, Joseph F. Smith, Brigham Young fils, et Albert Carrington. Tous ces hommes vaillants sont décédés, à l'exception de deux, et ces deux-là sont présents avec nous aujourd'hui — le président Joseph F. Smith, qui se tient maintenant à la tête, et Brigham Young, qui se tient à côté de lui. Ceux qui sont tombés au cours des dernières années sont John Taylor, Abraham H. Cannon, Wilford Woodruff, Franklin D. Richards, George Q. Cannon et Lorenzo Snow. Tous ces hommes qui sont décédés ont disparu dans l'espace de ces cinquante-quatre dernières années seulement. Mais bien que nous ne voyions plus leurs visages parmi nous, l'œuvre de Dieu avance avec une puissance majestueuse. Je veux témoigner devant cette vaste assemblée que c'est l'œuvre de Dieu, et non l'œuvre de l'homme, et Dieu en aura la gloire. ¶
Mais je voudrais parler plus particulièrement, pour un moment, du président Lorenzo Snow, dont la dépouille repose devant nous. J'ai été intimement associé à lui pendant huit ou dix ans dans le pieu de Box Elder, à l'époque où il était l'apôtre résident de ce pieu. Durant cette période, j'ai eu l'avantage de bénéficier de sa sagesse et de son expérience, et j'ai appris à connaître sa valeur, l'intégrité de son cœur, et son dévouement à la cause du Christ. Ma confiance en lui s'est affermie et fortifiée, et je sais qu'avec lui, c'était d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et, comme on l'a fait remarquer, tout le reste lui a été donné par surcroît. J'ai aussi été intimement associé au président Snow pendant onze mois au pénitencier, où il fut incarcéré pour cause de conscience, et je veux dire à cette grande assemblée qu'il supporta cette épreuve avec courage et patience, bien qu'il fût un homme raffiné et cultivé. Sa vie au pénitencier fut une inspiration pour votre humble serviteur, et aussi pour les membres de notre Église qui furent envoyés au pénitencier. Nous l'avons observé dans ces conditions éprouvantes, et nous l'avons aimé. Pour vous donner une idée, en bref, de son caractère et de la manière dont il fit face à cette situation, je mentionnerai un incident qui s'y produisit, lorsque, à une occasion, il rassembla les frères (ils étaient au nombre d'une trentaine ou d'une quarantaine en tout) et leur dit en substance : « Nous avons été envoyés en ce lieu et nous sommes associés ensemble en prison. Ce sera notre privilège, si nous le désirons, d'exprimer nos sentiments au Seigneur en lui offrant le cri sacré » — ce cri grand et glorieux que le président Snow a conduit en de nombreuses occasions, plus particulièrement dans le grand temple du Seigneur qui se dresse sur ce quartier, lors de sa dédicace, et aussi à Brigham City, et dans ce Tabernacle. Il fit savoir à ces prisonniers pour la cause du Christ qu'il serait de leur privilège d'élever leur voix vers le Seigneur dans le cri sacré, s'ils en ressentaient l'esprit. Un avis fut recueilli, et ce fut le sentiment unanime des frères de se prévaloir de ce grand et glorieux privilège. Le cri sacré fut alors offert dans l'enceinte même de cette prison — un grand et puissant cri vers Dieu et l'Agneau. Les fondations de la prison semblèrent trembler, et le cri monta jusqu'au ciel. Je témoigne devant vous qu'il est ma conviction que ce grand cri fut agréable au Seigneur et qu'il est consigné dans les archives du royaume céleste. ¶
En terminant, je voudrais dire que j'ai eu le privilège d'assister à la dernière réunion de jeûne tenue par les ouvriers du temple dans le temple de Salt Lake. Le président Snow était présent, bien que d'une santé fragile. À la conclusion de la réunion, il demanda au chœur de chanter ce beau cantique que vous venez d'entendre, « Nous reverrons-nous au-delà du fleuve ? », et pour son bienfait et son plaisir, il fut interprété avec une grande ferveur et un grand esprit. Après cette interprétation, le président Snow se leva et dit : « Je vous dis, frères et sœurs de cette réunion, nous nous reverrons au-delà du fleuve. Que Dieu vous bénisse, que Dieu vous bénisse, que Dieu vous bénisse. » Une bénédiction d'adieu à ces ouvriers dévoués du temple, et très touchante. ¶
Je m'intéresse à la famille du président Snow. Je prie que Dieu fasse reposer ses bénédictions et sa faveur sur eux, afin qu'ils soient soutenus et encouragés en cette heure d'épreuve et de deuil, et que tout Israël soit consolé, et que nous puissions dire : Ô Dieu, que ta volonté soit faite, et non la nôtre. Au nom de Jésus-Christ. Amen. ¶